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Les Trois Voies du Taï Chi Chuan.

Les Trois Voies du Taï Chi Chuan.

Les Trois Voies de la pratique du TCC sont la Voie Céleste, la Voie Humaine et la Voie Terrestre.
Ces Trois Voies, comme trois sentiers permettant de gravir la même montagne par des chemins différents, doivent conduire à la même maîtrise. Accéder aux plus hauts niveaux de la pratique dépend de trois facteurs déterminants : Une méthode correcte, un enseignement correct de cette méthode, une pratique correcte.

Selon la loi de l'énergétique taoïste pour laquelle l'énergie (yang) va au physique (yin) et qu'inversement le physique va à l'énergie, une méthode peut privilégier les techniques énergétiques ou celles purement physiques dans les premiers niveaux de la pratique. Le principe Céleste de cette loi est que quand l'énergie circule bien, le physique répond, et non seulement il est nourri et sa santé renforcée, mais aussi que dans la pratique des enchainements, le maintien, les déplacements et les mouvements sont soutenus et structurés par la circulation des souffles vitaux. Le principe Terrestre de cette loi est que quand le physique est structuré d'une certaine façon, détendu, parfaitement équilibré et maître de ses appuis, que les parties du corps sont unifiées par la méthode de déplacements et de coordinations des membres supérieurs et inférieurs, alors l'énergie est mise en mouvement et un jour peut être perçue distinctement.

Suivant ces principes la méthode de la Voie Céleste privilégie la pratique de la culture de l'énergie interne (nei gong) sur celle du physique. L'accent est mis sur nourrir et fortifier l'énergie des concentrateurs énergétiques, des organes, des réseaux et structures énergétiques, sur la circulation des flux avec l'ouverture des articulations, des méridiens. C'est la voie la plus ardue psychologiquement car la pratique comporte les premières années plus d'entrainement aux exercices de Qi Gong qu'aux techniques physiques. Cette méthode promeut quatre heures de techniques énergétiques pour deux d'exercices physiques, quotidiennement. Les premières années d'apprentissage on fait donc beaucoup plus de Qi Gong que d'entrainement physique mais celui-ci progresse ensuite plus vite dans un sens correct. La pratique ancienne traditionnelle insistait sur le développement énergétique, lui donnant la prépondérance sur les techniques purement physiques. C'est la voie la plus abrupte d'apprentissage du TCC. L'énergie céleste, la respiration, la concentration, la connaissance et compréhension de certains éléments et concepts de la théorie énergétique taoïste sont déterminants.

La méthode de la Voie Terrestre comprend principalement des techniques d'assouplissements, d'étirements des tendons et ligaments, de relaxation, de maîtrise de l'équilibre et des déplacements, de coordination musculaire, d'intégration des différentes parties du corps en une structure unifiée, etc. L'énergie du Sol, la stabilité, l'enracinement, la mobilité, la coordination et la structuration physique sont les éléments déterminants de la Voie Terrestre. Cette méthode promeut 3/4 heures de pratiques physiques pour au moins une heure de Qi Gong quotidiennement. Dévoiement de cette voie, les méthodes d'enseignement modernes privilégient souvent, et malheureusement, l'acquisition d'un seul savoir technique, d'une maitrise purement physique, formelle et esthétique. On y accumule souvent les enchainements à mains nues ou avec armes, comme on apprend par cœur des récitations à l'école primaire. Une telle pratique peut-être dommageable pour l'organisme, surtout dans le cas des formes modernes et sportives du TCC, où la recherche de la performance spectaculaire a conduit à introduire dans les formes traditionnelles des postures et des techniques de saut extrêmement brutales pour les articulations.

La méthode de la Voie Humaine associe techniques physiques et énergétiques dans une progression harmonieuse où l'avancée dans un des deux facteurs bénéficie rapidement à l'autre. C'est la voie que j'essaie de suivre car je la trouve plus adaptée à la vie moderne (dans mon cas) tout en permettant une possible adaptation aux saisons et à l'environnement (par exemple plus d'énergétique en hiver et au printemps, plus de physique en été et en automne). Une bonne base de pratique quotidienne comprend environ deux heures de pratiques internes (méditation et Qi Gong) et deux heures de pratique physique.

Les temps de pratique indiqués pour les trois voies permettent une progression régulière et soutenue et d'atteindre un niveau intéressant en un nombre d'années acceptables. Si on n'a pas d'autres occupations chronophages que la pratique du TCC on peut bien sûr pratiquer plus, mais si on exerce une profession ou qu'on est très pris par d'autres activités, pratiquer 3 à 4 heures quotidiennement est déjà difficile et demande beaucoup de détermination. Mais on peut ainsi, dans les trois voies, atteindre en 4 à 5 ans un niveau où la perception de nettes transformations bienfaisantes en soi, physiques, énergétiques (vitalité) ou mentales, renforce la motivation et incite à poursuivre plus avant. Moins on consacre de temps à la pratique et plus ce délai s'allongera. Au delà d'un seuil minimum de temps de pratique (comme ne pratiquer qu'en club, une à deux séances par semaine) il ne faut pas espérer atteindre à d'autres effets que physique, même si cela peut cependant encore être salutaire pour entretenir et améliorer certaines fonctions et facultés corporelles, comme l'équilibre, la coordination, la détente, la mobilité articulaire, etc.

Ces trois méthodes permettent une progression régulière les premières années d'apprentissage et sont facilement adaptables aux besoins et caractéristiques de chaque pratiquant. Constitutions physiques et énergétiques différent selon les personnes et certains peuvent avoir besoin de renforcer leur organisme, leur santé, leur vitalité par plus de pratique énergétique alors que d'autres, de constitution robuste et pleins d'énergie, doivent surtout apprendre à se détendre et à canaliser l'énergie dans les exercices gymniques et les enchainements. Pratiques énergétiques et physiques sont cependant comme les deux faces d'une même médaille et on ne peut en exclure l'une ou l'autre. A ces deux grands corpus des méthodes d'apprentissages on peut ajouter la pratique de la méditation taoïste contemplative pour réaliser ce que recouvre les notions de WU JI (non être) et de WU WEI (non agir) et leur rapport avec la pratique du TTC.

Enfin, il faut différencier l'objectif ultime des méthodes d'apprentissage, qui autrefois était exclusivement martial mais qui depuis le début du vingtième siècle s'est différencié en civil ou martial. La pratique civile cherche à réaliser une santé parfaite, un corps alerte, souple, résistant, habile, associé à un mental calme, attentif, au discernement clair et indépendant de l'émotivité réflexive. Les plus hauts niveaux de réalisation voient le pratiquant manifester l'intégration physique, énergétique, mentale et spirituelle dans ses mouvements, tout le corps semblant devenir léger, élastique, unifié par la coordination de toutes les parties, dynamisé par la conduite des souffles vitaux par le Yi, l'intention, selon chaque figure spécifique des enchainements.
La pratique martiale ajoute à la discipline civile la pratique du système de combat, à mains nues ou avec armes, selon tout un ensemble d'exercices spécifiques aux applications martiales du style de TCC pratiqué. Ces exercices sont pratiqués seuls ou avec partenaire et comportent aussi des techniques énergétiques tout autant que physiques, l'efficacité en combat due à la seule supériorité technique associée à une grande habileté n'étant pas reconnue comme une manifestation essentielle de la maîtrise de l'art de combattre selon les principes du TCC. Dans les arts-martiaux chinois on différencie principalement deux hauts niveaux d'efficacité dans le combat, l'inférieur et le supérieur. Avec l'efficacité inférieure on remporte les affrontements mais par le conditionnement technique seul. Déplacements, esquives, parades et contre-attaques sont le plus souvent réflexives et dépendent pour beaucoup des actions de l'adversaire. On réagit de manière conditionnée aux différentes situations selon la programmation intégrée par l'entrainement. Il est tout à fait possible d'atteindre ainsi à une grande efficacité martiale. Celui qui atteint l'efficacité supérieure est appelé "artiste" martial. Il contrôle ses réactions aux mouvements de l'adversaire et peux répondre de différentes façons à la plupart des techniques de frappes, de saisies, d'immobilisations, de projections, etc. Il n'agit pas de manière réflexive, émotive, reste libre de ses mouvements. Comme dans tout art, capable d'adaptation et d'improvisation, il a toujours le choix dans ses réponses à l'agressivité d'un adversaire. De nos jours, si il y a de part le monde de nombreux très bons combattants, grâce à la multiplication des styles de combats, des clubs d'arts-martiaux, des rencontres sportives amateures ou professionnelles, on ne trouve cependant que très peu de vrais artistes martiaux.